Le processus de fabrication du papier japonais - Zoom sur le seul fabricant de washi en France

Avant-propos

Aujourd’hui j’ai décidé de vous parler de mon papier préféré : le washi. Comme vous avez pu le constater depuis le début, j’ai une affection particulière pour le Japon et tout ce qui est en rapport avec le Japon. C’est un pays et une culture qui me fascinent. Les érables à l’automne, les cerisiers en fleurs au printemps, les magnifiques temples japonais, cette langue incroyable, l’hospitalité des japonais, la nourriture, les petites figurines trop mignonnes… Malheureusement, je n’ai pas encore eu l’occasion et la chance de visiter ce pays, mais ça viendra. 

J’ai commencé à apprendre la langue japonaise au lycée en seconde, jusqu’à ma deuxième année de Licence à l’Université. Au bout de ces cinq ans d’apprentissage, je pouvais tenir une conversation sur des thèmes non complexes de la vie courante. Pour moi, apprendre et parler japonais (et plus généralement les langues étrangères) est comme un jeu. Au lycée, je me rappelle que je révisais mes kanji* en cours de Mathématiques ! 

Mais en troisième année de Licence, je suis partie aux Etats-Unis pendant un an et j’ai arrêté de parler japonais du jour au lendemain, dommage. A mon retour, je ne connaissais plus un seul mot japonais ! Mais un jour je m’y remettrai.

Qu’est ce que le washi ?

Bon, assez parlé de moi ! Venons-en au sujet du jour. Le washi, également prononcé wagami, littéralement “papier japonais”, est le papier fabriqué artisanalement au Japon depuis le VIIème siècle. Il est aussi appelé papier Japon. Ce papier fabriqué à partir de fibres végétales est à la fois léger, flexible et solide. La fabrication des feuilles se fait selon la technique japonaise de Nagashizuki, qui permet d’orienter les fibres, contrairement à la technique européenne, ce qui confère à ce papier artisanal une plus grande résistance. Il y a bien sûr quelques variantes dans la fabrication selon le type de washi ou selon l'atelier de fabrication.

rouleau de washi

Source : blog Hariko Paper

Rapide historique

La fabrication du washi a été importée de Chine et a débuté au Japon au VIIème siècle. C’est une des plus anciennes techniques de fabrication de papier au monde. A cette époque, le washi était très précieux et utilisé uniquement pour fabriquer des documents importants comme des manuscrits bouddhistes. 

Vers le IXème siècle, des aristocrates commençaient à écrire des poèmes sur du washi

A partir du XIème siècle, de magnifiques collages de plusieurs washi appelés tsugigami étaient fabriqués pour donner de belles œuvres d’art. 

Plus tard, les feuilles de washi étaient utilisées dans l’architecture d’intérieur pour fabriquer des portes coulissantes dans les maisons japonaises. Et cette pratique persiste de nos jours. 

Il existe des centaines de variétés de washi dont trois ont été déclarées en 2014 Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité par l’UNESCO. 

La composition

Traditionnellement, les japonais utilisent des plantes et des arbres pour fabriquer le washi.

Le kôzo (mûrier à papier) est la plante la plus utilisée et la plus commune dans la fabrication du papier japonais. C’est celle qui possède les fibres les plus longues et les plus résistantes.

kozo ou mûrier à papier

Photo de kôzo. Source : blog Chiyogami Touch

Deux autres végétaux sont également utilisés : le mitsumata (edgeworthia papyrifera) composé de fibres plus courtes et le gampi (daphne sikokiana) dont le produit fini est brillant et extrêmement léger. 

De ces plantes, ce ne sont pas les fibres intérieures qui seront utilisées, mais l’écorce des tiges. Ce sont les premières étapes de la fabrication du papier que nous allons voir tout de suite.

Les différentes étapes de la fabrication du washi

La fabrication du papier Japon est très longue et très fastidieuse. C’est pour cela que cette méthode de fabrication artisanale et très ancienne tend malheureusement à disparaître petit à petit. En effet, comme toutes les formes d’artisanat traditionnelles, l’art de fabriquer du papier à la main n’attire plus les jeunes générations. Également, cette méthode de fabrication dépend de bonnes conditions météorologiques, ce qui rend la fabrication encore plus difficile. 

Au Japon, de nombreux ateliers artisanaux de washi ferment chaque année alors que plusieurs usines industrielles voient le jour dans ce pays ainsi qu’en Occident. 

Voici les différentes étapes de la fabrication du washi selon la technique japonaise de Nagashizuki :

  • Récolter les branches de kôzo. La récolte se fait en automne.
  • Couper les branches et gratter leurs écorces au couteau.

photo d'un couteau en train de gratter l'écorce du kôzo

Source : site internet Atelier Papetier

  • Mettre à bouillir les écorces pour les transformer en fibres.

écorces de kôzo en train de bouillir dans l'eau

Source : site internet Atelier Papetier

  • Nettoyer et trier à la main : débarrasser les fibres de leurs impuretés.
  • Broyer les fibres avec un maillet pour en faire une pâte.
  • Ajouter la pâte dans de l’eau avec des racines d'hibiscus qui vont aider à disperser la pâte et à faire le geste de fabrication de la feuille.
  • Passer ce mélange au tamis (le tamis traditionnel en fibres de roseau) en faisant des gestes précis pour faire des feuilles bien régulières. Selon les artisans papetiers, cette étape est la plus difficile et la plus cruciale. Cette technique appelée nagashi zuki en japonais est l’art de faire courir la pâte sur le tamis pour construire la feuille.

un maître papetier japonais en train de passer la pâte au tamis

Source : gouvernement de la ville de Mino, Nakata Akira

  • Égoutter le tamis.
  • Retirer la feuille délicatement. 
  • La presser entre deux feuilles de tissu (lin) pour faire partir la première grosse quantité d’eau. 
  • La faire sécher au soleil contre des panneaux en bois (2 à 3 jours de séchage). 

feuilles de washi sur des planches en bois séchant au soleil

Source : site internet Atelier Papetier

Les différentes utilisations

Il existe plus de 400 sortes de washi, aux motifs et aux couleurs variés, qui peuvent être utilisés de manières différentes. Bien sûr, chaque sorte convient à une utilisation particulière. 

Ce papier peut être utilisé pour rédiger des cartes ou invitations, recouvrir des boîtes ou encore fabriquer les fenêtres translucides des portes coulissantes, des emballages, des faire-part, des abat-jours ou des cerfs-volants. Il peut aussi être utilisé pour créer des ustensiles, notamment des bols, en les recouvrant de laque, des parapluies en les enduisant d'huile de périlla, des imperméables, des lanternes, des lampes, des éventails. 

Le washi est également utilisé dans l’art : pour restaurer des œuvres d’art, pour s’en servir de support, ou pour la création de sculptures, pliages (origami), et découpages (kirigami). Pour l’art de l’origami, le papier qui est le plus apprécié est le washi chiyogami dont les motifs sont appliqués à la main sur les feuilles blanches de washi grâce à la technique de la sérigraphie.

C’est la diversité des motifs et couleurs de papier japonais qui fascine souvent ! Inspirés de la nature, la majorité des motifs sont fleuris (fleurs de cerisier, sakura), mais il peuvent aussi représenter des animaux ou des personnages (poissons, lapins, éventails, kokeshi, chevaux, libellules), ou être plus graphiques (vagues, étoiles, petits pois…).

washi chiyogami

washi chiyogami 

Les avantages du washi

Le papier japonais possède de nombreux avantages :

  • Il est très solide grâce à ses longues fibres végétales entrelacées. Sur la photo ci-dessous, nous pouvons voir deux feuilles différentes déchirées à la main et qui montrent bien la caractéristique unique du washi. A gauche le papier japonais qui révèle de longues fibres et à droite un papier occidental fabriqué à partir de tissu, possédant des fibres beaucoup plus courtes.

photo de comparaison entre une feuille de washi et une feuille classique fabriqué à partir de tissu

Source : vidéo YouTube "Washi -Japanese paper-"

  • Il est durable et sa couleur ne sera pas altérée par les UV.
  • Il est très léger. En effet, un washi rigide comme une carte postale possède un grammage aux alentours de 130g/m² alors qu’une carte postale classique fait entre 250 et 350g/m².
  • Sa fabrication est 100% naturelle et il n’y a pas d’ajout de produits chimiques. 
  • Ses variétés et ses applications sont presque infinies

Zoom sur le seul fabricant de washi en France : Benoît Dudognon

Il existe une quinzaine de fabricants artisanaux de washi au Japon et un seul en France utilisant la méthode traditionnelle japonaise. Il s’agit de Benoît Dudognon et sa femme Stéphanie Allard, dans le Sud de la France. Je voulais vous parler de cet artisan unique en son genre car Benoît possède une passion immense pour le papier japonais et fait tout pour maintenir cette méthode de fabrication si unique qui est considérée comme un art. Je suis également admirative de son travail. Formé pendant plus d’un an auprès de deux maîtres papetiers japonais, il a monté un atelier de fabrication de washi en 2010 en Camargue, là où les conditions naturelles et météorologiques sont similaires à celles du Japon et propices à la fabrication du washi et où les mûriers à papier poussent en abondance. Sa femme Stéphanie Allard se concentre plus sur le travail en aval : elle personnalise les papiers en fonction de la demande des clients ou crée ses propres designs.

Voici leur site internet : http://www.atelierpapetier.com/ 

Personnellement, je ne me fournis pas auprès de ce fabricant français de washi car il est plus spécialisé dans l’architecture d’intérieur, l’édition et la mode et son papier ne convient pas forcément à l’origami et aux objets de décoration de petite taille. Je me fournis auprès de revendeurs français qui achètent directement aux fabricants artisanaux japonais possédant une plus grande variété de washi

Vous trouverez ci-dessous un reportage de Météo à la carte présentant l’entreprise familiale.

Ici, une autre vidéo tournée lors de la convention du Héro Festival Saison 2, où Benoît Dudognon décrit les différentes étapes de fabrication lors d'un atelier.

 

J’espère que cet article vous aura plu. Merci et à très vite pour de nouveaux articles !

Sources et liens intéressants :

Blogs et articles :

https://www.slowkyoto.com/artisanat-du-papier-washi-et-mission-de-hariko-paper/

http://www.chiyogamitouch.com/papier-japonais-washi-yuzen/fabrication-du-washi/

https://harikopaper.com/blogs/blog

https://fr.wikipedia.org/wiki/Washi

http://www.atelierpapetier.com/ 

https://web-japan.org/niponica/niponica18/fr/feature/index.html 

 

Vidéos :

Reportage Météo à la carte : Artisanat : l'unique fabricant de papier japon en Europe : https://www.youtube.com/watch?v=GZTU7gn0png&list=PLTH-0MlPp-E9oa-f9wU3b26M3VPm1A6nl&index=62&t=3s

Reportage Arte : Gérard Depardieu - De par le monde - Fukuï, les maîtres des forêts - Japon 1-5 : https://www.youtube.com/watch?v=ZSxFcG0W2T0&t=967s

Washi -Japanese paper-, de cae12810 : https://www.youtube.com/watch?v=_E-atPin7pQ&t=217s

Reportage sur la réalisation du papier japonais, de Press Anime Nen'kan : https://www.youtube.com/watch?v=-Z1BaCJz9No&t=63s 

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*Les kanji sont des signes issus des caractères chinois dont le rôle est d'écrire une partie de la langue japonaise, chaque kanji ayant une ou plusieurs expressions phonologiques possibles, appelées “lectures”.

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